Rapport Helsana : Coronavirus
Le vrai du faux concernant les soins médicaux dans le contexte de la pandémie de coronavirus

Alors que la Suisse revoit à nouveau ses mesures de lutte contre la pandémie de coronavirus, sur fond de débats quant à la vaccination et l’opportunité d’un allègement des restrictions, nous proposons de dresser un bilan rétrospectif : quelle évaluation peut-on faire des soins médicaux qui ont été apportés au cours de la première année de la pandémie ? Les faits complètent et confirment à la fois le foisonnement d’opinions exprimées, parfois de manière spéculative, tout en montrant l’impact que le coronavirus a eu sur nos soins de santé.

Comment s’en sont sortis les patientes et patients souffrant de troubles cardiovasculaires, de maladies chroniques, voire de maladies mentales ? Leur situation s’est-elle aggravée ? Ont-ils été bien bien pris en charge sur le plan médical ? Ce Rapport Coronavirus jette un regard critique sur les soins de santé dans le contexte de la pandémie, tout en apportant de nouveaux faits. Puisant dans la base des données anonymes de quelque 1,4 million d’assurés Helsana, ce rapport montre dans quelle mesure les domaines des « soins d’urgence », des « soins aux malades chroniques », de la « santé mentale » et des « traitements à choix » ont été impactés. Toutes les données et tous les chiffres ont été extrapolés à l’ensemble de la Suisse et sont donc représentatifs de l’ensemble de la population. En parallèle à ce rapport accessible en ligne, les analyses complètes y afférentes sont également disponibles au téléchargement. Cette vue d’ensemble vise à encourager une discussion basée sur les faits et pourra servir de base à des analyses ultérieures.

 

 

Coûts des prestations et hospitalisations Covid


Premier confinement
Seconde vague
Prestations de l’AOS [millions de CHF]
Nombre d'hospitalisations
janv.
févr.
mars
avr.
mai
juin
juill
août.
sept.
oct.
nov.
déc.
Source : OFSP, Helsana Helsana
Évolution des coûts de l’assurance de base en 2020 par rapport à 2019, ainsi que des hospitalisations dues à des cas de Covid-19 confirmés en laboratoire. Les différents domaines de prestations peuvent être affichés ou masqués via le menu.

1. Les coûts ont à peine évolué au cours de la première année de pandémie

La Suisse a elle aussi été relativement prise de court par les avertissements de l’Organisation mondiale de la santé l’année dernière. Un peu partout, la vie privée, l’activité économique et l’environnement public ont été soumis à d’importantes restrictions dans le but d’éviter l’effondrement du système de santé.

Les autorités locales ont décrété un gel de six semaines des traitements non urgents afin de libérer des lits d’hôpitaux et du personnel, tout en enjoignant la population à rester chez soi afin de contenir la propagation du virus. Et cette stratégie a fonctionné : même s’il a atteint la limite de ses capacités dans certaines régions, globalement le secteur de la santé a toujours pu compter, durant la première vague, sur une capacité de réserve. Mais dans quelle mesure la pandémie a-t-elle impacté l’évolution des coûts ? Une première estimation du Conseil fédéral a chiffré à environ 300 millions de francs les coûts directs des hospitalisations et des examens liés au Covid-19 pour l’assurance de base. Par ailleurs, quelques dizaines de millions de francs ont été engagés au titre des coûts ambulatoires des personnes souffrant de symptômes du Covid-19.

 

  CHF

Frais de test : env. 50 millions
Services de soins aigus en unités de lit : env. 160 millions
Services de soins aigus en unités de soins intensifs : env. 90 millions
Total: env. 300 millions
Coûts liés à la pandémie pour les assureurs-maladie, hors frais des traitements ambulatoires dus à une infection au Covid-19. Source : Conseil fédéral.

« Les analyses d’Helsana ne permettent pas de se prononcer directement sur un excès ou un manque de soins. Il semble néanmoins plausible que le nombre de prestations nécessaires comme facultatives dans le secteur de la santé ait diminué pendant les six semaines de confinement. Il y a lieu de se demander de façon générale s’il y a eu des déficiences dans l’offre d’interventions électives et de soins de base à moyen terme car, vu sur l’ensemble de l’année, beaucoup de retard a pu être rattrapé. »

Professeur Milo Puhan. Directeur, Institut d’épidémiologie, de biostatistique et de prévention de l’Université de Zurich

La société a appris à faire face à la pandémie

Les coûts totaux pour l’assurance de base n’ont pratiquement pas évolué par rapport à 2019. Au cours de la première vague, ils ont nettement diminué du fait de la suspension des traitements. En outre, face à l’incertitude de la situation, les patientes et patients ont adopté des comportements plus prudents par crainte d’attraper le virus. Cette première phase a été suivie d’une lente augmentation des coûts. La deuxième vague n’a pas non plus provoqué un effondrement, bien qu’elle ait été beaucoup plus grave que la première. Le système de santé et la population ont donc appris à composer avec le virus au cours de l’année.

 

Cependant, les coûts n’ont pas évolué de la même manière dans les différents domaines de prestation. Lors de la première vague, les prestations délivrées dans chacun des domaines étaient largement inférieures en nombre à celles de l’année précédente. Par la suite, certains domaines ont connu une baisse plus importante (par exemple, les prestataires de soins de base ou les hôpitaux), tandis que d’autres n’ont connu pratiquement aucune diminution (par exemple, les spécialistes). D’un autre côté, l’activité des laboratoires, par exemple, a augmenté.

Coûts jeunes et séniors

En règle générale, plus les assurés sont âgés, plus ils ont fréquemment recours aux prestations du domaine de la santé et plus les coûts moyens de ces personnes sont élevés.

Davantage de jeunes ont bénéficié de prestations médicales, cependant de façon moins fréquente, et pour des montants de coûts moins élevés.

En règle générale, avec l’âge, les traitements médicaux sont plus nombreux et les coûts moyens augmentent. Cette logique s’est confirmée une fois de plus en 2020. On constate en revanche que par rapport à l’année précédente, la part des « nouveaux » bénéficiaires, c’est-à-dire ceux comptant au moins un octroi de prestations, a augmenté chez les jeunes (20-49 ans), tandis que les coûts moyens par tête dans ce groupe d’âge ont baissé. L’obligation imposée par les autorités de se faire tester et les restrictions appliquées au système de soins de santé expliquent probablement ce phénomène. Durant cette année particulière, la diminution des coûts aurait été nettement plus importante sans le surcroît de prestations associées au Covid-19, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes.

Les assurés les plus jeunes, âgés de moins de 10 ans, ont généré en 2020 des coûts de prestations nettement inférieurs à ceux de l’année précédente. Cette classe d’âge a été moins en contact avec des agents pathogènes que d’habitude, en raison de l’augmentation des soins auto-administrés par les parents et du renforcement des mesures d’hygiène. En outre, les analyses complémentaires indiquent que les examens de routine et les vaccinations de base recommandées ont également été reportés, du moins en partie, et que cela a également entraîné une baisse des coûts.

 

Les personnes âgées ont moins pu se passer des soins médicaux courants

Une analyse complémentaire excluant les coûts des personnes décédées au cours des années de comparaison fait apparaître que, en 2020, les coûts ont augmenté régulièrement chez les plus de 60 ans. Plus l’âge est élevé, plus la différence avec l’année précédente est importante. Les coûts plus élevés peuvent s’expliquer par le fait que les plus de 60 ans, qui constituent la plus grande partie du groupe à risque, sont depuis longtemps les plus touchés par le Covid-19. Leurs traitements intensifs de longue durée, et donc également coûteux, pèsent lourd dans la balance avec l’âge. En outre, en ce qui concerne les soins courants, le nombre de prestations reportables est moins élevé que pour les personnes plus jeunes.

 

Différence en termes de prestations AOS


Source : Helsana
Évolution des coûts des prestations par personne assurée entre 2019 et 2020 de la population totale par groupe d’âge avec et sans exclusion des personnes décédées.

2. Les consultations par téléphone et par vidéo devraient prendre une place plus importante à l’avenir

Du fait des restrictions de déplacement dès le début de la première vague, des moyens de communication alternatifs ont dû être trouvés. Et ce non seulement dans le cadre privé et professionnel, mais aussi dans le contexte des soins de santé.

Ainsi, les appels (vidéo) ont apporté une contribution importante, en permettant, dans de nombreuses situations, de maintenir le contact entre les patients et les médecins, les physiothérapeutes ou les psychiatres et de pratiquer des thérapies à distance.

 

Les consultations par appel (vidéo), désormais possibles, sont prisées

Les consultations par téléphone et par vidéo ont également joué un rôle important pour les soins médicaux de base. En témoigne la forte augmentation de ces consultations, en particulier pendant le confinement et la période qui a suivi.

« Les crises génèrent de nombreux effets d’apprentissage. Nous avons pu clairement l’observer ces derniers mois. Même si cela a été parfois très difficile pour la société et l’économie. Il est désormais important de ne pas mettre de côté ces nouvelles pratiques et d’apprendre à les utiliser au mieux pour l’avenir. »

Professeur Thomas D. Szucs. Président du Conseil d’administration d’Helsana et Directeur de l’Institut de médecine pharmaceutique de l’Université de Bâle

Durant cette période marquée par une forte incertitude et des restrictions de déplacement, la téléphonie s’est révélée être un outil alternatif essentiel pour le traitement. Alors qu’avant la pandémie, ce canal de traitement n’était utilisé qu’avec réticence, l’objectif est désormais de profiter de cette expérience positive acquise en 2020 pour préparer l’avenir. Pour ce faire, une tarification appropriée devra être appliquée. Les consultations à distance permettent de traiter plus efficacement les problèmes sans avoir à être présent sur place. Elles peuvent, par exemple, contribuer à améliorer la prise en charge dans les zones rurales ou celle de patientes et patients moins mobiles.

 

Consultations par prestataire en 2020


Premier confinement
Seconde vague
janv.
févr.
mars
avr.
mai
juin
juill
août.
sept.
oct.
nov.
déc.
Source : Helsana
Évolution du nombre de consultations en fonction du type de consultation chez les prestataires de soins de base.

3. Les soins médicaux ont su résister à la pandémie

Afin d’éviter de surcharger le système de santé, tous les traitements, interventions et examens non urgents ont été suspendus au début de la pandémie. Cependant, certains événements de santé requièrent un traitement immédiat impossible à reporter, malgré les restrictions.

Nos analyses portent sur certains de ces « scénarios » et examinent si la prise en charge médicale a changé durant la pandémie, notamment dans les domaines des « soins d’urgence », des « soins aux malades chroniques », de la « santé mentale » et des « traitements à choix ». Si les deux premiers domaines n’ont pas beaucoup évolué en 2020 par rapport à l’année précédente, le domaine de la santé mentale a quant à lui affiché une augmentation dans le contexte de la pandémie de Covid-19, alors que les traitements à choix ont diminué, au moins temporairement.

Les crises cardiaques ont-elles été plus fréquentes en 2020 ?

Les situations d’urgence aiguë nécessitent une intervention médicale immédiate. En 2020, les hôpitaux suisses ont toutefois réalisé nettement moins d’examens pour infarctus du myocarde que l’année précédente.

Si la baisse a été particulièrement prononcée lors de la première vague, celle-ci s’est également poursuivie durant le restant de l’année. . Le nombre de cas hospitaliers où seuls des examens diagnostiques ont été effectués a presque diminué de moitié au cours de l’année par rapport à 2019. Ne sont pas inclus les cas qui ont donné lieu à une intervention de chirurgie cardiaque dans le cadre de l’hospitalisation (ex. dilatation coronarienne/implantation de stent).

 

Plus la gravité des urgences cardiovasculaires augmentait, moins le nombre de cas reculait. Le même phénomène a également été observé pour les appendicites. Plus le cas d’urgence médicale grave était facilement identifiable et évident, plus son nombre était similaire à celui de l’année précédente. On peut donc supposer que des cas plus légers présentant des symptômes non spécifiques ont pu manquer de prise en charge dans certaines situations en 2020. En revanche, pour l’appendicite, par exemple, certaines affections moins graves ont pu éventuellement être traitées en ambulatoire. L’amélioration du tri entre l’ambulatoire et le stationnaire a également peut-être permis d’éviter des urgences hospitalières.

La forte diminution du nombre d’infarctus ne nécessitant pas d’intervention chirurgicale est probablement due à plusieurs facteurs qui ont caractérisé l’année 2020 : d’une part, les patients présentant des symptômes légers ou non spécifiques ne se sont probablement pas rendus à l’hôpital par crainte d’attraper le Covid-19 ou d’engorger inutilement le système de santé. D’autre part, le corps médical peut avoir été plus réticent à envoyer des patients à l’hôpital pour les mêmes raisons. En outre, les consultations, dont certaines ont eu lieu par téléphone, ont rendu le diagnostic plus difficile. Du fait du ralentissement du rythme de la vie quotidienne dans le contexte de l’injonction à rester chez soi, de nombreuses personnes ont vu leur niveau de stress diminuer, ce qui a peut-être contribué à la diminution de ces formes d’infarctus du myocarde. Le renforcement des mesures d’hygiène a également permis de réduire les infections respiratoires, qui peuvent notamment favoriser un infarctus ou un accident vasculaire cérébral.

 

 

Hospitalisations : Infarctus du myocarde



Source : Helsana
Évolution des infarctus du myocarde examinés dans les hôpitaux avec et sans diagnostic invasif.

« Comme pour les contacts ambulatoires, de nombreux patients et patientes ont également évité, dans la mesure du possible, d’avoir recours au service ambulatoire de l’hôpital, voire à un séjour stationnaire. Ce phénomène a également été renforcé par la diminution du nombre de consultations chez les médecins généralistes et spécialistes référents, et donc la baisse massive du nombre de renvois à l’hôpital par ces derniers. »

Professeur Thomas Rosemann. Directeur de l’Institut de médecine familiale de l’Université de Zurich :

Les examens de contrôle recommandés pour les diabétiques ont-ils été maintenus ?

Généralement, les personnes atteintes d’une maladie chronique comme le diabète consultent régulièrement le système de santé.

La pratique thérapeutique des diabétiques semble ne pas avoir été impactée par les restrictions liées à la pandémie, puisque leur prise en charge est restée la même sur l’ensemble de l’année. Cependant, comme l’année précédente, en fonction de l’examen de contrôle recommandé, entre 20 et 50 % environ des diabétiques n’ont pas respecté les directives ou n’ont pas été pris en charge par les médecins conformément aux protocoles. Cette proportion de patients qui demeure encore étonnamment élevée indique un important besoin d’amélioration, indépendamment de la pandémie.

 

Valeur HbA1c (2 x/an) : -2,4 points de pourcentage 77.3%

Valeur de la glycémie à long terme. Valeur cible de 6,5 % à 8,0 %. Mesure de la concentration de sucre dans le sang des 2-3 derniers mois et donc de la qualité de la compensation du diabète Considéré comme la référence pour le diagnostic et le suivi du diabète afin de réduire le risque de complications.


Valeurs lipidiques : +1 point de pourcentage 65.8%

Taux de lipides sanguins. Sert au diagnostic des troubles du métabolisme des graisses. Les valeurs insatisfaisantes sont associées, par exemple, à des formations de dépôts sur les parois des vaisseaux. Permet de réduire le risque de problèmes cardiovasculaires grâce à des médicaments ou au mode de vie.


Fonction rénale : -0,7 point de pourcentage 47.5%

Concentration de protéines dans l’urine et teneur en créatinine dans le sang. Mesures pour le pronostic et le suivi de la néphropathie diabétique (lésions rénales graves).


Examen des yeux : -3,1 points de pourcentage 45.9%

Détection des lésions vasculaires de la rétine et éventuellement dans l’ensemble du corps. Examen de contrôle par l’ophtalmologiste pour détecter le plus tôt possible les modifications de la rétine et ainsi contrer les dommages progressifs de l’œil (par exemple, rétinopathie diabétique, perte de la vision jusqu’à la cécité). La légère diminution des examens ophtalmologiques peut éventuellement s’expliquer par le fait que, selon des résultats scientifiques récents, ceux-ci peuvent également être réalisés tous les deux ans.


« Les analyses propres basées sur les mesures de l’HbA1c et de la pression artérielle effectuées quotidiennement dans les cabinets montrent un déclin des contrôles de routine, en particulier chez les patients souffrant de maladies chroniques comme les diabétiques ou les hypertendus. Dans la présente analyse, cette tendance tend à quelque peu se noyer du fait de la perspective annuelle. Dans les éventuels confinements futurs, il sera important de ne pas perdre de vue ces groupes vulnérables. »

Professeur Thomas Rosemann. Directeur de l’Institut de médecine familiale de l’Université de Zurich :

La pandémie a-t-elle entraîné une augmentation des maladies mentales ?

La pandémie a pesé lourdement sur le psychisme de nombreuses personnes ; notamment, les médias se sont fréquemment fait l’écho d’une augmentation de la souffrance mentale.

Globalement, le nombre de prestations fournies en psychiatrie et en psychologie ambulatoires est à peu près le même que l’année précédente. Cependant, les données de décompte dressent un portrait plus nuancé : comme la pandémie a eu des effets à la fois négatifs et positifs sur le bien-être des personnes, aucune tendance claire ne se dégage. Cependant, un transfert partiel entre les domaines de traitement a pu être observé.

 

Les interventions de crise ont augmenté chez les psychiatres

Lors de la première vague, marquée par l’arrêt brutal de la vie sociale et économique, le traitement des crises mentales aiguës par les psychiatres a fortement augmenté, alors que, dans le même temps, une baisse était observée chez les médecins généralistes. Dans l’ensemble, les interventions de crise sont plus fréquentes chez les prestataires de soins de base que chez les psychiatres. De ce fait, la baisse qui a été plus importante en proportion chez les premiers n’a pas pu être entièrement compensée par les psychiatres. En ce qui concerne les interventions de crise, il y a donc eu un transfert partiel des soins de base vers les soins spécialisés. La baisse chez les médecins de famille pourrait être liée à la forte réduction de l’activité des cabinets pendant le confinement. Par ailleurs, en cas de crise aiguë, les patientes et patients ont pu s’adresser directement à un psychiatre, qui leur a fourni rapidement un soutien téléphonique (vidéo), ce qui a facilité l’accès aux soins.

« Il y a eu un déplacement des traitements en face à face vers les traitements à distance. Les psychiatres ont probablement effectué la transition plus rapidement que les prestataires de soins de base, car la psychiatrie et la psychothérapie sont prédestinées à la pratique des consultations par téléphone et par vidéo. Les personnes souffrant de troubles mentaux plus graves, tels que la schizophrénie, les troubles bipolaires, les dépressions sévères ou les addictions complexes, prises en charge par des prestataires de soins de base, ont été particulièrement touchées par la contrainte de rester chez soi et les restrictions sur le plan personnel imposées par les autorités. Les obstacles au traitement étaient encore plus importants qu’avant la pandémie et les personnes touchées ont pu souffrir d’un manque de soins médicaux adaptés pendant le confinement. »

Professeur Erich Seifritz. Directeur et médecin-chef de la Clinique psychiatrique universitaire de Zurich

Nombre hebdomadaire moyen d’interventions de crise chez les psychiatres


Premier confinement
Seconde vague
janv.
févr.
mars
avr.
mai
juin
juill
août.
sept.
oct.
nov.
déc.
Source : Helsana
Interventions de crise chez les psychiatres.

En revanche, les premières consultations psychiatriques-psychologiques régulières nécessitent d’avoir lieu sur place, ce qui a été rendu très difficile par l’obligation de rester à la maison pendant la première vague. Ainsi, le nombre de premières consultations a également chuté de près de 40 % au cours de cette période, alors qu’il était légèrement supérieur au niveau de l’année précédente lors de la deuxième vague. Au cours de la première vague, seuls les nouveaux cas les plus graves ont probablement bénéficié de soins psychiatriques réguliers.

Les enfants et les jeunes ont été particulièrement touchés

Les enfants, les adolescents et les jeunes adultes ainsi que les personnes ayant l’âge de partir à la retraite ont été particulièrement touchés psychologiquement par la pandémie et les mesures de restriction. La fréquence de leurs demandes de prestation a été plus élevée que l’année précédente. Ces populations semblent en effet avoir été particulièrement éprouvées psychologiquement par l’impact de la pandémie. Les raisons en sont probablement la peur de l’infection ou de la transmission et l’isolement social provoqué par les mesures de restriction. Par ailleurs, les places en thérapie adaptées aux enfants et aux adolescents étaient déjà rares avant la pandémie. À cet égard, on peut supposer que la prise en charge des troubles et maladies psychiques de cette classe d’âge demeure insuffisant, malgré une augmentation des consultations.

Les traitements à choix ont-ils été complètement annulés au lieu d’être simplement reportés ?

Les traitements à choix sont des prestations qui, par leur nature même, peuvent être planifiés et contrôlés. Cela n’implique pas, cependant, que l’on puisse s’en passer complètement. Durant le confinement, les traitements médicaux non urgents ont été obligatoirement suspendus. On peut donc s’attendre à un rattrapage aussi rapide que possible de ces traitements ou interventions.

 

Endoprothèses du genou : l’orthopédie dispose des capacités suffisantes

L’exemple des endoprothèses du genou montre que les spécialistes ont largement respecté les directives des autorités et que la plupart des interventions électives ont été reportées ou annulées pendant le confinement. La comparaison avec l’année précédente montre également que les interventions reportées avaient été largement rattrapées à la fin de l’année. Les capacités ont été apparemment suffisantes pour maintenir le niveau de l’année précédente. Pendant les vacances qui, pour un très large nombre ont été passées en Suisse ou reportées, un nombre supérieur à la moyenne d’interventions a pu être réalisé. Cela confirme l’hypothèse fréquemment invoquée d’un excès de capacité dans le domaine de l’orthopédie en Suisse.

 

Nombre de prothèses de hanches et genoux



Source : Helsana
Évolution du nombre d’implantations d’endoprothèses du genou.
 

Baisse du nombre de vaccinations malgré les recommandations des autorités

Bien que la vaccination soit considérée comme un traitement à choix, la pandémie ne devrait pas remettre en cause les vaccinations de base des jeunes enfants recommandées par l’OFSP. En effet, ni les parents ni les jeunes enfants ne font généralement partie des groupes à risque qui doivent craindre particulièrement les complications d’une infection au Covid-19. En outre, les autorités ont communiqué que les examens de contrôle ou les vaccinations de base devaient continuer d’être assurés tel que prévu. On a néanmoins observé une baisse de certaines vaccinations durant le confinement. En particulier, par rapport à l’année précédente, on observe à la fin d’année un nombre plus faible d’enfants protégés contre les risques d’infection, autant en ce qui concerne les cinq vaccinations de base à administrer avant l’âge de 9 mois (diphtérie, tétanos et coqueluche, Haemophilus influenzae type b et poliomyélite) que les vaccinations contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR).

L’augmentation des soins auto-administrés et la diminution des contacts avec d’autres enfants ont pu faire penser que la vaccination pourrait être moins prioritaire et donc reportable. Les vaccinations contre l’hépatite B, que les enfants reçoivent habituellement dans le cadre d’une sextuple vaccination, et contre les pneumocoques, en revanche, ont été réalisées à un rythme similaire à celui de l’année précédente.

 

Vaccinations contre la rougeole, les oreillons et la rubéole chez les jeunes enfants



Source : Helsana
Évolution de la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole chez les enfants de moins de 2 ans.

« Les vaccinations sont généralement administrées dans le cadre de l’examen préventif recommandé. En ce sens, la baisse des vaccinations suggère une diminution des examens préventifs. Ceux-ci permettent notamment de détecter à un stade précoce les retards de développement, les symptômes de maladies plus graves et d’autres anomalies et représentent, avec les vaccinations, l’une des mesures de prévention les plus importantes dans l’enfance. Nous devons donc nous efforcer de rattraper le retard accumulé dans le domaine de la prévention et du dépistage. »

Professeure Julia Dratva. Directrice de l’Institut de recherche des sciences de la santé publique de la ZHAW

 

Dépistages du cancer : pas d’« épidémie de cancer » en vue

Les personnes âgées constituent un groupe à risques pour le coronavirus, ainsi qu’un groupe cible primaire pour la prévention du cancer à partir de 50 ans. Les dépistages standard du cancer chez l’adulte ont nettement diminué au cours de la première vague dans le contexte des restrictions de traitement et de l’appel à rester chez soi. Le domaine le plus marqué par ce phénomène a été la mammographie, où la baisse a été de 75 %. Si cette tendance s’est maintenue un certain temps, le nombre d’examens de contrôle s’est finalement accru durant l’été entre les deux vagues, atteignant un niveau supérieur à l’année précédente. Si, certes, les examens préventifs peuvent être considérés comme temporairement reportables, les trois dépistages du cancer étudiés ne sont pas parvenus durant l’année à retrouver le niveau de l’année précédente : Le recul est de l’ordre de 3 à 7 % pour les dépistages du cancer du sein, du cancer colorectal et du cancer de la prostate.

 

Dans le meilleur des cas, la pandémie a conduit à une optimisation du processus de tri, limitant les dépistages aux classes d’âge recommandées et, dans le cas du dépistage de la prostate, après décision prise communément au préalable avec les patients. Si, à l’avenir, les dépistages étaient encore mieux appliqués en tenant compte de facteurs de risque spécifiques, il devrait être possible de réduire le nombre de faux positifs qui sont douloureux pour les personnes concernées.

 

Dépistage du cancer du sein


Premier confinement
Seconde vague
janv.
févr.
mars
avr.
mai
juin
juill
août.
sept.
oct.
nov.
déc.
Source : Helsana
Nombre de mammographies réalisées.

4. Conclusion

Tout autant la médecine et les soins que les comportements individuels et les conditions de vie exercent une influence considérable sur la santé des personnes, et ce, indépendamment des ressources financières et matérielles qui soutiennent le système de santé. La pandémie de Covid-19 a transformé le comportement de la population. Pour beaucoup, par exemple, le niveau de stress a diminué et la sensibilisation à l’hygiène et aux mesures de distanciation physique a permis de réduire les infections respiratoires. Ces tendances ont des effets positifs sur tout un ensemble de maladies.

 

Quoi qu’en disent les analyses, les chiffres « bruts » à eux seuls ne nous disent pas grand-chose de l’étendue et de la qualité des soins médicaux. Il est important de garantir l’accès aux installations de traitement et de thérapie nécessaires, même en période de restrictions. Il est important de tout faire pour assurer les examens, les mesures préventives ou les interventions essentiels de manière à éviter que des maladies ne s’aggravent éventuellement sur le long terme. Les analyses suggèrent que le système de santé est largement parvenu à surmonter la crise du coronavirus et que les soins médicaux ont pu être maintenus malgré la situation. Ce rapport d’Helsana sur les effets de la pandémie de Covid-19 sur les soins médicaux en Suisse fournit un premier état des lieux de la situation. D’autres analyses doivent maintenant suivre. La principale ambition de ce rapport est de fournir une base à ces efforts et discussions de manière à les stimuler davantage. Il est important d’en tirer des enseignements qui contribueront à la promotion d’un système de soins de santé bien conçu et accessible à tous en Suisse.

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